Retour #12 : Kiev

Famille, Voyages

A 5h du matin, il fait très froid. Nous déposons nos bagages à notre hôtel et finissons au fast food de la gare, seul endroit ouvert pour le petit déjeuner. Il est bondé, mais le porridge et le camembert pané sont les bienvenus.

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Kiev est une très jolie ville aux façades variées et aux tons pastel si typiques de l’Europe orientale. Des dômes dorés rompent ça et là la ligne de toit des immeubles. Il est très tôt et la ville s’éveille quand nous passons sur la place de l’Indépendance, déserte ou presque. Des photos rappellent ceux qui ont donné leur vie lors de la révolution de 2014.

Nous commençons par Sainte Sophie et sa Tour des cloches qui domine la place. Les murs sont blancs et mettent en valeur les bulbes dorés. Les bâtiments sont en fait construits en brique, puis peints. A l’intérieur, c’est une abondance de dorures, de mosaïques dorées, d’icônes. Le sol est sombre, recouvert de carreaux métalliques noirs. Des maquettes dans l’entrée nous montrent l’évolution architecturale du bâtiment pendant ses mille ans d’existence.

Du haut de la tour des Cloches, la vue sur la ville est splendide et donne un aperçu de son étendu et de sa variété architecturale.

A l’autre bout de l’avenue, l’Eglise Saint Michel, détruite dans les années 30 par le régime communiste puis reconstruite entièrement lors de l’indépendance de l’Ukraine. Contrairement à la Russie, tous les signes de l’ère communiste ont disparu à Kiev. Une petite étoile au sommet d’un obélisque, c’est à peu près tout ce que nous avons pu voir. La responsabilité et les errements du gouvernement soviétique au moment de la catastrophe de Tchernobyl, à un peu plus de cent kilomètres au nord de Kiev, n’ont en revanche pas été oubliés.

Rempli d’objets, de photos et de documents authentiques, le musée de Tchernobyl retrace l’histoire de la centrale et explique en détail la catastrophe nucléaire du 26 avril 1986. Si la construction et la conception de la centrale ont d’abord été mises en cause, c’est ensuite l’erreur humaine qui a été présentée comme cause de la catastrophe par les autorités, et le chef de la centrale a été condamné à dix ans de prison. Il sera finalement libéré en 1991.

Les décisions politiques d’étouffer l’affaire, puis de la minimiser, sont documentées, comme le maintien du défilé du 1er mai dans les villages alentours. Des mesures anormalement élevées relevées en Suède (qui a d’abord cru à un problème sur une de ses centrales tellement les niveaux étaient supérieurs à la moyenne) ont finalement contraint Moscou a révéler un « problème » sur une centrale : quelques lignes dans le journal Pravda relatent l’incident et la mise en œuvre de moyens pour le traiter dans la plus belle langue de bois de style soviétique de l’époque. Un espace permet une expression plus artistique. La catastrophe de Fukushima est aussi évoquée, ainsi que l’état des politiques nucléaires dans le monde. L’Autriche est le seul pays au monde où le nucléaire civil est interdit dans la loi, et seuls l’Allemagne, la Suisse et le Japon ont prévu de diminuer leur parc nucléaire. L’Ukraine prévoit d’en construire davantage. Le musée nous rappelle d’ailleurs que la centrale de Tchernobyl n’a été arrêtée définitivement que dans les années 2000, près de quinze ans après la catastrophe. Signe qu’ici comme ailleurs, les alternatives durables au nucléaire sont longues et difficiles à mettre en œuvre.

A la fin de l’exposition, un quizz permet de faire le point sur ce que nous avons retenu du musée… Après de nombreuses tentatives, nous finissons par répondre juste à toutes les questions et gagner une entrée gratuite pour revenir au Musée!

Le lendemain, avant de prendre notre train, nous faisons un tour rapide sur les hauteurs qui dominent le fleuve Dniepr jusqu’à la Laure des Catacombes, un ensemble religieux magnifique considéré comme le centre spirituel de l’Eglise ukrainienne. Lors de la messe, les vieilles dames apportent à manger, servent du thé. Les gens vont et viennent, le tout enveloppé dans des chants superbes. C’est convivial et simple. Nous n’avons pas le temps de tout explorer, mais le peu que nous voyons nous subjugue.

Il est déjà temps de se diriger vers la gare en passant par Arsenalna, la station de métro réputée la plus profonde du monde, à près de 105 mètres sous terre. Il faut pas moins de 4 minutes 30 pour atteindre les quais par deux escalators de suite.

Nous quittons la gare de Kiev dans l’unique petite voiture qui va jusqu’à Vienne. Elle est plus étroite et plus basse que les autres pour s’adapter au gabarit européen. Elle sera accrochée à trois trains différents et ses essieux seront changés à la frontière entre l’Ukraine et la Hongrie pour qu’elle puisse rouler sur les voies d’Europe centrale et occidentale qui sont plus étroites que celles de l’ex-Union soviétique. Il s’agit d’une voiture-lit qui rappelle le charme désormais désuet de la grande époque où les trains de nuits sillonnaient l’Europe. Nous avons deux cabines, une de deux personnes, une de trois, avec chacune un lavabo et une prise électrique ! Presque le grand luxe. La campagne ukrainienne est triste sous la pluie. Le train file vers l’Est et nous atteignons Lviv à la nuit tombée. Sous la grande verrière à l’européenne qui couvre les quais, l’odeur du charbon des samovars envahi les narines. Notre voiture est accrochée à un autre train.

 

Chop est la gare frontière. Le contrôleur nous réveille pour un rituel que nous connaissons maintenant : douaniers et gardes frontières ukrainiens font irruption. A nouveau une fouille en règle de nos sacs, puis un autre douanier arrive avec un poinçon et l’enfonce dans toutes les couchettes en le reniflant à chaque fois. Suspicieux, il revient un peu plus tard avec un collègue et tous les deux s’acharnent sur tout ce qu’ils peuvent trouver de rembourré dans notre cabine. Au bout d’un quart d’heure, ils resssortent en sueur, bredouilles, en nous remerciant poliment pour notre patience… Pendant ce temps là, les bogies de notre voiture sont changés : la caisse de la voiture est maintenue en l’air grâce à des vérins le long de la voie pendant que les bogies européens sont glissés dessous après avoir évacué les bogies ukrainiens. Les rails sont doublés afin de permettre la circulation avec les deux types de bogies. Nous pouvons repartir avec nos passeports tamponnés jusqu’à Zahony, la gare frontière hongroise à quelques kilomètres où nous sommes accrochés à un train slovaque (bien qu’à aucun moment, notre train ne traverse la Slovaquie). L’entrée en Hongrie ne pose pas de problème ; comme pour la sortie d’Ukraine, personne ne réveille les enfants et leur cabine n’est pas fouillée. Ils ne s’aperçoivent de rien et peuvent dormir tranquille !

Le soleil se lève sur les plaines de Hongrie. Nous n’avons toujours pas encaissé le décalage horaire et sommes donc encore matinaux. Par la fenêtre, on voit les villages s’activer, les gens vont au travail, en voiture, à vélo ou à pied, le long de la voie. Le train arrive à Budapest, puis ce sont les rives du Danube, les vastes plaines pelées et leurs éoliennes sous le soleil et enfin Vienne. Le train entre dans la Hauptbahnhof, encore neuve et le contraste avec notre vielle voiture ukrainienne est flagrant. Depuis que nous avons quitté Dubai, notre escale à l’aller, il y a près de trois mois, c’est le premier lieu que nous connaissons déjà. Il n’y aura désormais plus de contrôle aux frontières, on paye en Euros, l’heure est la même que celle de Paris, la langue est familière et le temps est de saison pour nous. En posant le pied sur le quai, on sent que c’est un peu la fin du voyage…

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