Voyage en Asie #11 : Le paradoxe coréen

Voyages

Nous sommes venus en Corée en grande partie suite à la lecture d’un livre de photos de montagnes trouvé dans la cave. Au final, ce sont les gens qui nous ont le plus touchés. Certes, la barrière de la langue est bien présente et empêche les vraies discussions, mais partout nous avons ressenti une vraie chaleur humaine, de l’attention, des petits gestes touchants, comme cette dame qui nous abrite sous son parapluie en attendant le bus, et qui finira par nous le donner en nous quittant (et maintenant, c’est notre défi : ramener le parapluie à Paris!).

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Et pourtant, la société coréenne a l’air rude. Les Coréens rient sceptiquement quand on leur dit que c’est la gentillesse qui nous frappe le plus chez leurs compatriotes.

Et puis se pose la question de savoir comment un aussi petit pays, 50 millions d’habitants seulement, détruit par la guerre de 1950-53, isolé comme une île par son voisin hostile au nord et coincé entre les deux grandes puissances que sont la Chine et le Japon, a-t-il réussi à inonder le monde de ses produits technologiques, à se forger une identité bien distincte sur la scène internationale, et surtout à se sortir de la misère de l’après guerre?

Après la guerre de Corée, les Américains et plus généralement les Occidentaux n’ont pas été perçus comme les vainqueurs, comme au Japon, mais comme des libérateurs. Les échanges commerciaux et les transferts de technologie en ont été favorisés, d’autant plus que pendant la Guerre froide, il fallait soutenir ce petit pays qui faisait front au communisme. Partout ici on voit les traces de l’occident : dans la mode, dans la nourriture, entre autres. Les Américains ont soutenu les grands familles historiques qui ont fondé d’immenses conglomérats économiques. Et peu à peu les dictatures militaires ont laissé place à une république.

Mais ce qui fait sans doute leur force, c’est leur travail. le nombre maximal d’heures travaillées par semaine et récemment passé de 68 heures à 52 heures, le deuxième jour de congé par semaine ne date que d’une dizaine d’années, ils n’ont que deux ou trois semaines de vacances. Dès le collège, les enfants vont après l’école aux « Hanbok », sortes d’écoles après l’école pour être encore plus fort et entrer dans le bon lycée. Il n’est pas rare pour un lycéen de travailler jusqu’à minuit, pour se relever vers 5 heures ou  6 heures et repartir au lycée. Partout il existe des endroits pour se reposer dans la journée et récupérer dès que l’on a quelques minutes, que ce soit des dortoirs dans les universités ou dans les entreprises, des plates formes dans les gares ou les centres commerciaux… la nuit ne faisant que cinq ou six heures, il faut bien compenser.

Ce système éducatif est aujourd’hui très contesté. Basé en grande partie sur le confucianisme, il fait surtout appel à la mémoire et peu au raisonnement, à l’argumentation et à la logique. Surtout, il instille une discipline de fer dans la tête des Coréens, ce qui nuit à l’épanouissement individuel et à l’innovation. Lors du naufrage du ferry « Sewol » en 2014, les enfants qui ont obéi à leur maîtresse sont restés sagement attendre dans leur cabine pendant que le bateau coulait, tandis que ceux qui ont désobéi, peu nombreux, ont été sauvés.

Et effectivement, ici, le taux de suicide est un des plus fort de l’OCDE. Quel contraste avec les rires de la rue, les gentillesses, les discussions spontanées! En fait, les prescriptions sociales sont très fortes : il faut aller dans le bon lycée, puis dans la bonne université, avec un bon travail, se marier, avec un ou deux enfants qui vous donneront satisfaction en réussissant à leur tour leurs études et en vous honorant comme il se doit. Les distractions se réduiront au selfie dans les nombreux endroits prévus à cet effet, des visites éclairs dans des pays étrangers, souvent voisins, comme la Chine et le Japon, de la randonnée dans les montagnes autour de Séoul ou à Seorak-San et du shopping, Beaucoup de shopping.

Partir trois mois en vacances ou en voyage est pour eux inconcevable, voire pas du tout souhaitable.

Mais les choses changent, et maintenant que le pays est en grande partie sortie de la misère, le but est d’améliorer la qualité de vie de la population. Le 5 mars dernier, le président Moon mettant en avant les efforts entrepris dans ce sens, pour assurer, notamment, un meilleur équilibre entre le travail et la famille :

“We’re now breaking from being infamous for some of the longest working hours among OECD countries and for our high rate of deaths from overwork, and stepping toward becoming a society with lives that are worthy of human dignity, with more time away from work.”

“This reduction in working hours is an important opportunity to ensure a healthy work-life balance and the co-existence of both work and family,” (source : http://www.korea.net/NewsFocus/policies/view?articleId=155189)

« Nous sommes en train de nous détacher de notre image de dernier de la classe tant en terme de nombre d’heures travaillées parmi les pays de l’OCDE que pour notre haut taux de mortalité dû au surmenage au travail, et avançons vers la construction d’une société où il sera possible de vivre dignement, avec plus de temps libre.

Cette réduction du temps de travail est une bonne opportunité de s’assurer d’un bon équilibre entre temps libre et travail, et donc de la co-existence harmonieuse de la vie au travail et de la vie de famille. »

L’avenir dira si ce changement de cap sera couronné de succès. Peut être qu’ils trouveront une autre voie que celle de l’Occident.

 

 

 

 

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