Réflexion #1 : La littérature coréenne

Reflexions, Voyages

Quand je voyage dans un pays étranger, j’aime lire des romans du pays, comme une immersion dans leur état d’esprit, pour essayer de comprendre comment les individus que je vais croiser pensent, vivent. Et ce que je lis fait écho à ce que je vois, ce que je sens, ce que je touche. Mes lectures renforcent mes expériences physiques et vice versa : voir les paysages décrits, les activités détaillées me permet de mieux comprendre mes lectures.

Sauf en Corée.

Quand nous sommes arrivés à Busan, dans le premier bus dans lequel nous sommes montés, le chauffeur s’est assuré gentiment que nous étions dans le bon bus, et le seul autre passager s’est assuré également que nous savions où descendre. Partout les gens nous parlaient plutôt gentiment.

Et dans mes lectures, ce n’était que pression et manque d’empathie.

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J’ai commencé par La végétarienne, de Han Kang, qui raconte la dérive d’une femme qui commence par arrêter de manger de la viande et finit par se prendre pour un arbre, se heurtant violemment à sa famille dans le même temps. On a le point de vue de son mari, qui est surpris que sa femme soit devenue « dysfonctionnelle », et s’en plaint à ses parents. Comme s’il pouvait obtenir quelque chose d’un service après vente pour une machine domestique défectueuse. Il finit par la quitter. On a ensuite le point de vue de son beau frère artiste, qui va l’utiliser dans une volonté de créer une œuvre, sans se poser trop de question éthique sur ses réelles facultés de consentement. Quelle est la limite entre l’art et la perversion? Et enfin celui de sa sœur, qui veut juste faire ce que la société attend d’elle, l’héroïne doit manger, coûte que coûte, peu importe au fond ses raisons de se prendre pour un arbre…

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Puis, j’ai continué avec Nos Jours Heureux, de Ji-Yong Gong, où une jeune femme d’un milieu privilégié découvre une autre réalité à travers les yeux d’un condamné à mort. (La peine de mort a été abolie en 1997). L’amour semble être la solution à tout, comme une recette magique contre les terribles erreurs des hommes, comme un baume face aux horreurs auxquelles ils doivent parfois faire face, sans remise en cause du système sociétal brutal qui peut les produire.

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Et j’ai lu aussi Ma Mémoire Assassine, de Youg-Ha Kim, l’histoire d’un tueur en série atteint d’Alzheimer, très troublant et malsain.

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Et ensuite, j’ai dévoré Notre Héros Défiguré (très mauvaise traduction, je pense, en anglais c’est Our Twisted Heros, c’est déjà plus fidèle au contenu du livre) de Mun-yol Yi. Une sorte d’histoire de harcèlement scolaire, cautionné par un professeur. Son successeur emploie de drôle de méthode pour lutter contre : il renvoie le chef qui terrorisait les gamins, mais celui-ci se met en embuscade pour tabasser les enfants sur le chemin de l’école, pour les retarder. Le maître les bat alors encore à l’arrivée pour les punir de s’être laisser faire. Jusqu’à ce que les enfants se mettre d’accord pour aller ensemble donner une bonne correction à leur ex chef. A travers le regard du héros, un jeune enfant qui va mettre beaucoup de temps à se soumettre au chef, l’auteur soulève les problématiques du silence autour des pratiques du harceleur, de la complicité de ses victimes, qui ont permis de le tenir impuni si longtemps, de la solitude de ceux qui luttent et se révoltent.

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Et le choc, ça a été de lire Bitna, sous le ciel de Séoul, de Jean-Marie Le Clézio. Dans son livre, la même phrase courte et percutante, la même brutalité des mots et des jugements, le même manque d’empathie et de tendresse. Une jeune femme arrive à Séoul et en vient à raconter des histoires à une femme atteinte d’une maladie incurable, contre de l’argent. Cette femme souffre, mais la jeune femme la trouve méchante. Elle n’essaye pas vraiment de la comprendre, elle travaille dur pour gagner sa vie tout en étudiant, n’a pas de soutien dans cette grande ville. Elle était au début chez sa tante, qui voulait qu’elle soit un modèle pour sa fille de quelques années plus jeune, mais celle-ci est un mauvais sujet qui dérive peu à peu. Encore une fois, pas d’intimité entre ces deux filles qui vont pourtant partager leur chambre, pas de tentative de compréhension, de recherche de motivations derrière les actes.

Dans Nos Jours Heureux, l’héroïne, de retour de l’étranger, raconte combien elle est frappé de la rudesse avec laquelle se parlent les Coréens. Nous n’y avons pas été confronté. Parfois les questions semblaient un peu rude, le sourire un peu moqueur (notamment pur nous demander si tous ces enfants étaient bien à nous), mais c’est surtout la gentillesse et les petites attentions qui ont dominées, comme les barres de chocolat glissées à notre dernière pendant les randonnées.

C’est là que la barrière de la langue joue à plein.

 

 

5 réflexions sur “Réflexion #1 : La littérature coréenne

    1. On rentre le 29/09 au soir, mais le train en Russie a déjà le goût du retour et Vladivostok nous a ramené brutalement en Europe centrale!
      Et j’aime aussi lire des livres écrits par des auteurs sur un pays qui n’est pas le leur, ils apportent souvent un nouveau regard, un nouvel angle de vue. Je vais lire le Quatuor d’Alexandrie, maintenant!!!

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