Retour #1 : Vladivostock

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Quand les Coréens nous disaient qu’ils allaient à Vladivostok pour avoir un petit goût d’Europe pas trop loin de chez eux, cela nous faisait sourire tellement nous nous faisions une image de bout du monde de cette ville. Et pourtant, avec ses bâtiments de style XIXe aux tons pastel, jaune, rose ou vert ornementés de décorations ou de colonnades blanches, certaines rues de Vladivostok ont un air néo-classique qui pourrait rappeler Sofia ou Budapest.

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Vue d’avion, Vladivostok semble toute petite, perdue dans sa péninsule au milieu des immenses étendues boisées d’un côté et de l’Océan Pacifique de l’autre. En nous approchant du centre où se trouve notre hôtel, nous sommes vite pris dans des bouchons, malgré la largeur des avenues. Les panneaux et les affiches sont en cyrillique, les pizzas sont à des prix raisonnables et les personnes aux yeux bridés sont principalement des touristes venus de Corée ou de Chine. On retrouve bien quelques produits de marque coréenne dans les boutiques et la plupart des voitures ont leur volant à droite, comme au Japon mais ce sont les seules traces de l’Asie « asiatique » que nous connaissons depuis plus de deux mois, bien que Vladivostok ne soit qu’à une heure quarante de vol de Séoul et à plus de 6000 de kilomètres de Moscou à vol d’oiseau.

Nous arrivons la veille du Eastern Economic Forum (le Forum économique de l’Est), sorte de Davos local et nous sommes surpris par le nombre de jets privés alignés à l’aéroport. Jadis stratégique pour son port militaire sur le Pacifique, la Russie cherche aujourd’hui à peser également sur le terrain économique et commercial. En témoigne le gigantesque pont suspendu, devenu symbole de la ville qui traverse « la Corne d’or », bras de mer qui sépare la ville historique des nouveaux quartiers et nommé ainsi en référence à la Corne d’or d’Istanbul. Si la métropole turque se targue d’être le trait d’union entre l’Europe et l’Asie, Vladivostok voudrait bien être la porte de l’Europe sur le Pacifique.

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Il y a donc eu beaucoup d’investissement dans la ville et au milieu des bâtiments du XIXe siècle et des grands ensembles uniformes typiques de l’époque soviétique ont poussé des tours modernes ça et là. Un grand bateau de croisière trône au milieu du port. Un peu plus loin, un vieux sous-marin est exposé juste à côté du grand bâtiment de la marine militaire. A l’intérieur, de vielles photos de marins et d’équipages, des médailles, des décorations et des uniformes, puis le poste de conduite, intact et les torpilles tout à l’avant.

Sur la grande place entre la gare et le port, un immense monument à la gloire des combattants de la Guerre contre le Japon rappelle l’importance militaire de la ville. Une église est en construction sur la même place et nous assistons à la pose d’une partie du bulbe doré caractéristique des églises russes. Un peu plus haut, la statue de Lénine, bras tendu vers le Pacifique semble veiller sur la gare et le port en contrebas. Un passant nous apostrophe l’air pincé en nous voyant la prendre en photo.

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La gare de Vladivostok a été rénovée et est d’une propreté impeccable. Comme dans toutes les grandes gares russes, les bagages sont scannés et on passe sous un portique détecteur de métaux avant d’entrer. Un bel escalier d’époque descend sur le quai où commencent à embarquer les passagers. Notre train est déjà à quai et il est temps d’embarquer pour notre long voyage qui nous mènera jusqu’à Paris en dix-huit jours.

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Voyage en Asie #11 : Le paradoxe coréen

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Nous sommes venus en Corée en grande partie suite à la lecture d’un livre de photos de montagnes trouvé dans la cave. Au final, ce sont les gens qui nous ont le plus touchés. Certes, la barrière de la langue est bien présente et empêche les vraies discussions, mais partout nous avons ressenti une vraie chaleur humaine, de l’attention, des petits gestes touchants, comme cette dame qui nous abrite sous son parapluie en attendant le bus, et qui finira par nous le donner en nous quittant (et maintenant, c’est notre défi : ramener le parapluie à Paris!).

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Et pourtant, la société coréenne a l’air rude. Les Coréens rient sceptiquement quand on leur dit que c’est la gentillesse qui nous frappe le plus chez leurs compatriotes.

Et puis se pose la question de savoir comment un aussi petit pays, 50 millions d’habitants seulement, détruit par la guerre de 1950-53, isolé comme une île par son voisin hostile au nord et coincé entre les deux grandes puissances que sont la Chine et le Japon, a-t-il réussi à inonder le monde de ses produits technologiques, à se forger une identité bien distincte sur la scène internationale, et surtout à se sortir de la misère de l’après guerre?

Après la guerre de Corée, les Américains et plus généralement les Occidentaux n’ont pas été perçus comme les vainqueurs, comme au Japon, mais comme des libérateurs. Les échanges commerciaux et les transferts de technologie en ont été favorisés, d’autant plus que pendant la Guerre froide, il fallait soutenir ce petit pays qui faisait front au communisme. Partout ici on voit les traces de l’occident : dans la mode, dans la nourriture, entre autres. Les Américains ont soutenu les grands familles historiques qui ont fondé d’immenses conglomérats économiques. Et peu à peu les dictatures militaires ont laissé place à une république.

Mais ce qui fait sans doute leur force, c’est leur travail. le nombre maximal d’heures travaillées par semaine et récemment passé de 68 heures à 52 heures, le deuxième jour de congé par semaine ne date que d’une dizaine d’années, ils n’ont que deux ou trois semaines de vacances. Dès le collège, les enfants vont après l’école aux « Hanbok », sortes d’écoles après l’école pour être encore plus fort et entrer dans le bon lycée. Il n’est pas rare pour un lycéen de travailler jusqu’à minuit, pour se relever vers 5 heures ou  6 heures et repartir au lycée. Partout il existe des endroits pour se reposer dans la journée et récupérer dès que l’on a quelques minutes, que ce soit des dortoirs dans les universités ou dans les entreprises, des plates formes dans les gares ou les centres commerciaux… la nuit ne faisant que cinq ou six heures, il faut bien compenser.

Ce système éducatif est aujourd’hui très contesté. Basé en grande partie sur le confucianisme, il fait surtout appel à la mémoire et peu au raisonnement, à l’argumentation et à la logique. Surtout, il instille une discipline de fer dans la tête des Coréens, ce qui nuit à l’épanouissement individuel et à l’innovation. Lors du naufrage du ferry « Sewol » en 2014, les enfants qui ont obéi à leur maîtresse sont restés sagement attendre dans leur cabine pendant que le bateau coulait, tandis que ceux qui ont désobéi, peu nombreux, ont été sauvés.

Et effectivement, ici, le taux de suicide est un des plus fort de l’OCDE. Quel contraste avec les rires de la rue, les gentillesses, les discussions spontanées! En fait, les prescriptions sociales sont très fortes : il faut aller dans le bon lycée, puis dans la bonne université, avec un bon travail, se marier, avec un ou deux enfants qui vous donneront satisfaction en réussissant à leur tour leurs études et en vous honorant comme il se doit. Les distractions se réduiront au selfie dans les nombreux endroits prévus à cet effet, des visites éclairs dans des pays étrangers, souvent voisins, comme la Chine et le Japon, de la randonnée dans les montagnes autour de Séoul ou à Seorak-San et du shopping, Beaucoup de shopping.

Partir trois mois en vacances ou en voyage est pour eux inconcevable, voire pas du tout souhaitable.

Mais les choses changent, et maintenant que le pays est en grande partie sortie de la misère, le but est d’améliorer la qualité de vie de la population. Le 5 mars dernier, les président Moon mettant en avant les efforts entrepris dans ce sens, pour assurer, notamment, un meilleur équilibre entre le travail et la famille :

“We’re now breaking from being infamous for some of the longest working hours among OECD countries and for our high rate of deaths from overwork, and stepping toward becoming a society with lives that are worthy of human dignity, with more time away from work.”

“This reduction in working hours is an important opportunity to ensure a healthy work-life balance and the co-existence of both work and family,” (source : http://www.korea.net/NewsFocus/policies/view?articleId=155189)

« Nous sommes en train de nous détacher de notre image de dernier de la classe tant en terme de nombre d’heures travaillées parmi les pays de l’OCDE que pour notre haut taux de mortalité dû au surmenage au travail, et avançons vers la construction d’une société où il sera possible de vivre dignement, avec plus de temps libre.

Cette réduction du temps de travail est une bonne opportunité de s’assurer d’un bon équilibre entre temps libre et travail, et donc de la co-existence harmonieuse de la vie au travail et de la vie de famille. »

L’avenir dira si ce changement de cap sera couronné de succès. Peut être qu’ils trouveront une autre voie que celle de l’Occident.

 

 

 

 

Réflexion #1 : La littérature coréenne

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Quand je voyage dans un pays étranger, j’aime lire des romans du pays, comme une immersion dans leur état d’esprit, pour essayer de comprendre comment les individus que je vais croiser pensent, vivent. Et ce que je lis fait écho à ce que je vois, ce que je sens, ce que je touche. Mes lectures renforcent mes expériences physiques et vice versa : voir les paysages décrits, les activités détaillées me permet de mieux comprendre mes lectures.

Sauf en Corée.

Quand nous sommes arrivés à Busan, dans le premier bus dans lequel nous sommes montés, le chauffeur s’est assuré gentiment que nous étions dans le bon bus, et le seul autre passager s’est assuré également que nous savions où descendre. Partout les gens nous parlaient plutôt gentiment.

Et dans mes lectures, ce n’était que pression et manque d’empathie.

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J’ai commencé par La végétarienne, de Han Kang, qui raconte la dérive d’une femme qui commence par arrêter de manger de la viande et finit par se prendre pour un arbre, se heurtant violemment à sa famille dans le même temps. On a le point de vue de son mari, qui est surpris que sa femme soit devenue « dysfonctionnelle », et s’en plaint à ses parents. Comme s’il pouvait obtenir quelque chose d’un service après vente pour une machine domestique défectueuse. Il finit par la quitter. On a ensuite le point de vue de son beau frère artiste, qui va l’utiliser dans une volonté de créer une œuvre, sans se poser trop de question éthique sur ses réelles facultés de consentement. Quelle est la limite entre l’art et la perversion? Et enfin celui de sa sœur, qui veut juste faire ce que la société attend d’elle, l’héroïne doit manger, coûte que coûte, peu importe au fond ses raisons de se prendre pour un arbre…

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Puis, j’ai continué avec Nos Jours Heureux, de Ji-Yong Gong, où une jeune femme d’un milieu privilégié découvre une autre réalité à travers les yeux d’un condamné à mort. (La peine de mort a été abolie en 1997). L’amour semble être la solution à tout, comme une recette magique contre les terribles erreurs des hommes, comme un baume face aux horreurs auxquelles ils doivent parfois faire face, sans remise en cause du système sociétal brutal qui peut les produire.

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Et j’ai lu aussi Ma Mémoire Assassine, de Youg-Ha Kim, l’histoire d’un tueur en série atteint d’Alzheimer, très troublant et malsain.

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Et ensuite, j’ai dévoré Notre Héros Défiguré (très mauvaise traduction, je pense, en anglais c’est Our Twisted Heros, c’est déjà plus fidèle au contenu du livre) de Mun-yol Yi. Une sorte d’histoire de harcèlement scolaire, cautionné par un professeur. Son successeur emploie de drôle de méthode pour lutter contre : il renvoie le chef qui terrorisait les gamins, mais celui-ci se met en embuscade pour tabasser les enfants sur le chemin de l’école, pour les retarder. Le maître les bat alors encore à l’arrivée pour les punir de s’être laisser faire. Jusqu’à ce que les enfants se mettre d’accord pour aller ensemble donner une bonne correction à leur ex chef. A travers le regard du héros, un jeune enfant qui va mettre beaucoup de temps à se soumettre au chef, l’auteur soulève les problématiques du silence autour des pratiques du harceleur, de la complicité de ses victimes, qui ont permis de le tenir impuni si longtemps, de la solitude de ceux qui luttent et se révoltent.

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Et le choc, ça a été de lire Bitna, sous le ciel de Séoul, de Jean-Marie Le Clézio. Dans son livre, la même phrase courte et percutante, la même brutalité des mots et des jugements, le même manque d’empathie et de tendresse. Une jeune femme arrive à Séoul et en vient à raconter des histoires à une femme atteinte d’une maladie incurable, contre de l’argent. Cette femme souffre, mais la jeune femme la trouve méchante. Elle n’essaye pas vraiment de la comprendre, elle travaille dur pour gagner sa vie tout en étudiant, n’a pas de soutien dans cette grande ville. Elle était au début chez sa tante, qui voulait qu’elle soit un modèle pour sa fille de quelques années plus jeune, mais celle-ci est un mauvais sujet qui dérive peu à peu. Encore une fois, pas d’intimité entre ces deux filles qui vont pourtant partager leur chambre, pas de tentative de compréhension, de recherche de motivations derrière les actes.

Dans Nos Jours Heureux, l’héroïne, de retour de l’étranger, raconte combien elle est frappé de la rudesse avec laquelle se parlent les Coréens. Nous n’y avons pas été confronté. Parfois les questions semblaient un peu rude, le sourire un peu moqueur (notamment pur nous demander si tous ces enfants étaient bien à nous), mais c’est surtout la gentillesse et les petites attentions qui ont dominées, comme les barres de chocolat glissées à notre dernière pendant les randonnées.

C’est là que la barrière de la langue joue à plein.

 

 

Corée du Sud #12 : WWOOFing en famille

Famille, Voyages

Ça avait plutôt mal commencé, avec peu d’informations de la part de notre hôte, on ne savait même pas trop si nous étions vraiment attendus ou non. Et puis, alors que nous avions raté notre bus pour aller jusque chez lui et que nous allions prendre un taxi, il est arrivé dans sa grosse voiture noire. Il nous a déposé dans la cours d’une ferme, avec des bâtiments partout et une piscine en travaux, nous a dit de nous installer et est reparti… Le bungalow assigné est sale et miteux, avec un seul lit simple et des toilettes noires de crasse, une douche qui n’en a que le nom. Il y a des toiles d’araignées dans les coins et plein de saletés et de poussière partout. Les grands pleurent.

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Au bout d’un temps interminable, il revient nous chercher, nous sommes affamés! On mange coréen (traduire : on mange très épicé, très très épicé). Les enfants ne sont vraiment pas à la fête, surtout notre dernière. Juste après le repas, direct au travail. Les enfants et moi devons cueillir des baies non identifiées, tandis que pour les hommes, c’est repiquage de choux. Je les rejoins une fois notre travail fini, mon pauvre bonhomme est fourbu. A 17h, goûter : whisky de riz (impossible de refuser), barre d’une céréale non identifiée, et gâteau à la mandarine de Jeju. Ca revigore! Mais on reprend le travail un peu moins précisément…

Le soir, de nouveau repas coréen, la dame nous demande pourquoi nos enfants sont si tristes, on met ça sur le compte des épices… Elle va se mettre en quatre pour trouver de quoi leur faire plaisir : elle va cuisiner moins épicé, faire des sortes de frites, des pommes de terre en sauce, de la viande en ragout… Mais on dormira quand même par terre, sur les « yo », sorte de couverture très mince (je ne fais toujours pas la différence entre celles que l’on pose par terre et celles qui doivent nous recouvrir…). Et les repas sont les mêmes aux différentes heures de la journée : matin, midi et soir, toujours pareil :  riz et banshan (les petits bols de nourritures variées).

Les grands pleurent encore, et on se demande si on va tenir le coup : 4 heures de champs seulement et nous avons le dos en compote. On décide de se donner 48h pour voir, parce qu’on voit bien que ce sont des gens très gentils, mais rudes et habitués à vivre à la dure. Les grands pleurent encore. Ils se demandent à haute voix ce qu’ils ont fait dans leur vie antérieure pour mériter des parents comme ça. Ils font remarquer continuellement qu’ils étaient contre l’idée du WWOOFing depuis le début et que contrairement à nos bonnes paroles, si, c’est bien pire que notre expérience précédente au Japon… La dernière ne comprend pas pourquoi quand on a un bel endroit comme à Séoul (notre seul appartement de tout le voyage) on n’y reste pas et on va voir plein de pourris musées, alors qu’ici c’est miteux et on est obligé d’y rester… Bref, on n’est pas à la fête.

Le lendemain, nous sommes tous assignés à l’équeutage des piments, les fermiers sont partis à l’école à Séoul (on ne saura jamais pour quelles études) et nous passons la journée seuls : notre repas nous attend dans la cuisine, le riz dans la rizeuse. Il ne faut pas se frotter le visage lors de l’équeutage des piments, c’est une leçon de base. Ça fait mal. Finalement on rigole bien, on se dit qu’on va faire une fête en rentrant pour raconter aux copains et à la famille nos aventures, les enfants font les clowns avec les piments… La journée passe vite!

Surtout qu’une autre WWOOFeuse, Joséphine, arrive de Singapour. Elle a l’air un peu perdue, avec sa valise à roulettes, on l’accueille chez nous, on discute un peu. Elle a l’air très sympa. Le soir, on mange tous ensemble et c’est déjà plus convivial et plus détendu, on commence à prendre le rythme, à s’habituer à la dureté du sol la nuit.  Notre dernière ne mange que des algues et du riz, mais bon, ça ne change finalement pas trop de ses habitudes de mono diète! On décide donc de rester.

Le lendemain, re-piment, mais dehors, sous un hangar, grosse journée. Même si ça fait très mal au dos de rester assis par terre pendant des heures, c’est sympa de discuter et d’être tous ensemble. On apprend à faire connaissance avec Joséphine. Les enfants travaillent plutôt bien, surtout notre aînée, qui fait quasi des journées d’adulte. Parce que si nous sommes sensés faire une demi journée de travail, en terme coréen, ça fait un temps plein en France, soit 6 ou 7 heures par jour, sur 6 jours. Notre hôte, lui, travaille de 5h à 8h, prend son petit déjeuner, puis retravaille jusqu’à midi, puis de 14h à 19h30 environ… 7 jours sur 7. On se sent un peu fainéant à côté d’eux…

Le soir, après le repas, on regarde les « dramas » coréens à la télévision. Il paraît qu’ils sont tellement célèbres à Singapour que les jeunes apprennent le coréen juste pour les comprendre. D’autre soirs, des voisins ou des amis viennent manger avec nous. Malgré la barrière de la langue, on sent la chaleur humaine qui se dégage. On rencontrera aussi leurs grands enfants le WE. Ils reviennent souvent voir leurs parents, « parce qu’ils les adorent », nous disent-ils. C’est la qu’on fera une drôle de gaffe : nous avions cru comprendre que leur aîné allait se marier en mars, nous le félicitons donc chaleureusement, avec sa fiancée présente… mais la petite sœur nous corrige : sa mère voudrait qu’il se marie, lui pas trop… On a l’impression de lui avoir annoncé la date de son mariage… Grand moment de gêne, sa sœur rit à plein poumons en se moquant d’eux, sa copine et lui finissent par fuir dans la cuisine, on ne sait plus où se mettre. On dinera finalement avec eux, ils sont vraiment charmants.

Pour notre dernier jour de travail, on va cueillir les piments sous la serre, c’est plus facile! Une sorte de chasse aux œufs dans la jungle. Avec trop d’œufs. Et sans chocolat.

Le dernier jour, on découvre l’ampleur de la ferme : notre hôtesse nous emmène en voiture voir un autre bout de la ferme, celle des pastèques. Huit énormes serres de pastèques, toutes sagement posées sur leur petit socle de plastique pour limiter les risques de pourriture. Après la semaine que l’on vient de passer, on se rend compte de tout le travail que c’est! Parce que si on a retenu une chose de cette semaine, c’est bien ça : la nourriture sur notre table vient d’un travail dur et prenant, et l’on doit être reconnaissant du travail qu’il y a derrière au lieu de la prendre comme un dû.

Ce que  les enfants ont préféré : la balançoire!!

Le point noir, ce sont les chiens : ils sont nombreux, environ une dizaine, attachés sans discontinuer avec seulement 1 ou 1,5 mètre corde, ou de chaîne. J’ai un peu peur qu’ils ne finissent en soupe (mais plus tard je saurai que probablement pas : pour manger de la soupe au chien, les Coréens vont dans des restaurants spéciaux). Notre dernière est très copine avec eux et passe beaucoup de temps à les caresser et les dorloter, même les trois fois plus gros qu’elle! Elle a nommé son préféré « toutou grafic ».

Finalement, on est un peu triste de partir, on s’est attaché à eux, même si on ne se comprend pas trop (merci Google translate quand même), la dose de travail est juste, nos hôtes nous remercient toujours chaleureusement, et on a même eu droit à un jour de repos.  Certes, le travail est un peu rude, mais ça va, on a pris le rythme. Et les enfants sont fiers d’eux (et nous aussi)! Bref, c’était une bonne expérience.

 

 

 

 

Corée du Sud #11 : Séoul moderne

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Séoul est une ville tentaculaire. Si on inclut la province qui l’entoure, près de la moitié des Coréens y vivent. Avec un réseau de transports en commun si étendu qu’il ferait pâlir d’envie les Parisiens, des immeubles ultramodernes, mais aussi des quartiers plutôt bien préservés, malgré son histoire tumultueuse. Et surtout, de façon vraiment frappante, de la nature partout présente : les berges des cours d’eau sont aménagées et des grands parcs trouent la ville un peu partout, à tel point que nous avons croisé des libellules, des papillons et même des hérons en pleine ville!

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Quartier qui a inspiré la très célèbre « Gangnam Style » de Psy en 2012, Gangnam symbolise le mieux le visage de la Corée moderne. En traversant l’immense fleuve Han vers le Sud, on laisse derrière nous les palais et les quartiers traditionnels aux ruelles étroites, les marchés foisonnants et grouillant de monde, les parcs et les musées. S’il n’y avait les omniprésents boulevards à 6 voies ou plus, où les secondes sont comptées pour les piétons qui les traversent, on pourrait se croire à Manhattan. Les grattes-ciel rivalisent en hauteur et en originalité.

C’est samedi, jour de shopping et les jeunes et moins jeunes se pressent et se bousculent devant les magasins de vêtements (surtout de sport) qui se succèdent. Toutes les grandes marques ont leur enseigne et affichent des soldes à -70% ou -80%. Comme dans les zones commerciales de toutes les autres grandes villes, les chaînes de restauration rapide, de café et de pâtisserie sont également là.

A la station de métro Gangnam, sous le gigantesque carrefour qui marque le centre de ce quartier, des petites boutiques souterraines sont rangées le long de longues allées. Un peu plus loin, un lieu de vie a été aménagé près d’une des sorties. Ouvert à tous, on y trouve des tables et des chaises, une fontaine d’eau, un distributeur de boissons, des prises pour recharger ou brancher téléphones et ordinateurs et même une petite bibliothèque. Les gens y viennent pour se retrouver, pour travailler ou juste pour se reposer un peu de l’agitation en surface. Un accès du métro mène directement au « Samsung D’light » qui se trouve au sous-sol d’une des tours de la « Samsung Town », grand ensemble de tours de verre avec un jardin suspendu surplombant le carrefour.

Le Samsung D’Light est la vitrine de la célèbre firme coréenne où sont exposés les tout derniers modèles d’équipements et où sont évoqués les objets et applications du futur. Nous entrons donc par curiosité dans ce temple de la haute technologie. De grands espaces clairs aux vitres impeccablement prop res, des téléviseurs immenses où défilent des images bien plus belles que la réalité, un stand où sont exposés les smartphones, montres connectées et autres ordinateurs portables, nous sommes au milieu des « derniers cris ». Nous nous assurons que nos téléphones, qui ont 3 ou 4 générations de moins, sont bien cachés au fond de nos poches.

Le personnel en uniforme décontracté, écouteur vissé à l’oreille nous accueille avec bienveillance. Il n’y a pas grand monde et nous nous essayons à tester les nouveautés. Un peu comme pour le tourisme dans le pays, Samsung façonne son image pour ne plus apparaître comme le challenger mais le leader en termes d’innovation et tant qu’à faire, d’innovation de rupture, celle qui devrait changer nos vies au-delà même de ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui. Au deuxième étage, les pièces d’un appartement ont été reconstituées et de petites tablettes nous montrent en réalité augmentée à quoi ressemblera l’appartement du futur avec une petite famille, occidentale : le père fait défiler ses photos de vacances sur un téléviseur d’un geste de la main en l’air, la mère répond à l’interphone qui s’affiche sur son réfrigérateur et un charmant bambin écoute une histoire lue par son père dans son lit pendant que les pages du conte se projettent sur le mur, tournées elles aussi d’un revers de la main dans le vide… Mais ce ne sont que des films et on aurait aimé voir du réel et nous essayer nous aussi à interagir avec les applications en faisant des gestes dans l’air… Il faudra sans doute attendre encore un peu. En passant devant les grandes glaces, nous nous voyons, avec nos vêtements colorés et dépareillés, nos sacs un peu salis et nos chaussures usées, ça ne va vraiment pas avec le décor. Pour la famille du futur, on repassera…

Retour dans le monde réel au bord du fleuve Han, à Yeouido, toujours sur la rive sud où un espace vert de loisir a été aménagé. Le soleil se fait plus doux et il y a foule pour profiter de cette belle fin d’après-midi. Une immense pataugeoire avec des jets d’eau fait le bonheur des petits et des plus grands qui les accompagnent. En maillot ou tout habillés, les enfants se jettent dans l’eau et orientent les jets au gré de leurs envies. Tout autour, les parents ont dressé des tentes pop-up, sur la pelouse ou sur le béton. Un loueur de bicyclettes propose toutes sortes de vélos, du petit vélo pour enfant au tandem. Il est installé le long de la piste cyclable qui longe le fleuve et le flot de cyclistes est ininterrompu. Plus proche du fleuve, un chanteur s’est établi avec sa guitare et son ampli, il chante de la pop coréenne (la fameuse K-pop) devant les quelques passants qui s’arrêtent pour l’écouter. A peine plus loin, plusieurs couplent dansent le rock sous l’œil de leur professeur.

Comme presque partout à Séoul, il y a de la place, beaucoup de place et dans cette mégapole de plus de dix millions d’habitants, on dirait que les tours se sont regroupées en îlot pour laisser un maximum de place aux parcs, aux grands espaces et bien sûr aux voitures sans jamais s’attaquer aux collines qui restent vierges de tout bâtiment comme si elles étaient sacrées. Les ombres s’étirent et la marchande de glace se prépare à partir, il est temps de rentrer aussi.

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Le lendemain, nous restons sur l’autre rive et visitons ce qui fait la fierté de la ville en termes d’architecture moderne : la Dongdaemun Design Plaza, plus connue sous le nom de DDP. Construite par l’architecte Zaha Hadid, cette gigantesque coque métallique aux formes arrondies repose sur une structure en béton brut percée de larges ouvertures triangulaires. De grands espaces verts l’entourent avec un champ de roses artificielles dressées les unes à côté des autres sur une pente douce. A la nuit tombée, une petite lumière au cœur de chaque rose illumine les pétales et c’est comme si une marée de petites lanternes flottait au beau milieu de cet espace urbain.

La DDP héberge quelques magasins au sous-sol, dans la partie en béton, alors que la grand coque abrite le musée du design qui est en fait un ensemble de salles d’exposition. Une rampe de plus de 500m part de l’entrée principale et descend jusqu’au sous-sol en desservant les différents espaces. La couleur à l’intérieur est le blanc, un blanc éclatant des murs au plafond qui contraste avec le béton, l’acier et la verdure à l’extérieur. Mais que ce soit dedans ou dehors, l’ensemble, résolument futuriste, est une réussite et le défi d’aménager cet immense espace à quelques pas des anciens remparts de Séoul et de la Porte de l’Est (Dongdaemun) a été brillamment relevé !

Et maintenant, changement de décor et d’ambiance à nouveau : on part pour une semaine de wwoofing!

Corée du Sud #10 : Séoul traditionnelle

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Nous sommes arrivés à Séoul avec la pluie. Une pluie battante, terrible, qui a fait débordé la petite rivière à côté et inondé les maisons autour : le lendemain matin, les ravages sont impressionnants sur les rives. Et partout dans le quartier, les pompes sont en marche pour vider l’eau des sous sols. Du coup, on a oscillé entre musées d’art moderne et musée d’histoire, en attendant le retour du soleil pour découvrir les palais.

Dans le MMCA (Museum of Modern and Contemporary Art), on a découvert le programme EAT : experiment with artists and engineers, ou comment la collaboration entre artistes et ingénieurs permet aux uns de réaliser leurs œuvres les plus folles et aux autres de découvrir de nouvelles applications à leurs avancées technologiques.

A Séoul particulièrement, les traces de l’occupation japonaise (1910-1945) et de la guerre de Corée sont mises en avant, avec des musées et des mémoriaux, notamment. Et les traces physiques du passage des Japonais sont effacées peu à peu, les bâtiments abattus ou ré-ouverts en Musée, comme celui sur les femmes de réconfort coréennes.

 

Et c’est ainsi que les palais des rois de la dysnatie Joseon (1392-1897) sont en fait pour la plupart des reconstructions. Certains palais ont été détruits lors de l’invasion japonaise de la fin du XVIème siècle, et d’autres modifiés pendant l’occupation de la première partie du XXème siècle. Mais les Séoulites en sont fiers, et poussent les visiteurs à préserver l’authenticité des lieux en s’y promenant en tenue traditionnelle : l’entrée est gratuite pour les porteurs de Hanbok, nom des tenues traditionnelles.

Au Leeum, la fondation de Samsung, trois architectes (Nouvel, Koolhas et Botta) ont collaboré (ou pas, parce que l’ensemble est finalement assez disparate) pour créer trois ensembles  : un pour la collection historique, un autre pour la collection d’art moderne et un autre comme centre d’éducation pour les enfants.

Le musée National de Séoul est immense et impressionnant. Et quand on voit côte à côte les collections chinoises, japonaises et coréennes, on voit nettement les ressemblances entre la Chine et la Corée et la différence d’avec le Japon, qui se tient à part.

On passera aussi à l’Arario Space Museum, sorte de collection disparate de pièce d’art moderne, notamment des pièces britannique du courant  Young British Artists.

Le palais principal, le Gyeongbokgung, reconstruit à la fin du XIXème siècle, a été lui aussi reconstruit sous influence chinoise, pensé comme un petit palais de Pékin, mais avec des bâtiments coréens (sauf un, une sorte de pagode chinoise qui servait de bibliothèque).

Deux autres palais sont mieux préservés, avec un jardin secret, réservé à la noblesse de l’époque. Ils sont plus modernes aussi, parce qu’habités jusqu’à la fin des années 1980.

Entre les palais, un petit quartier de maisons traditionnelles jouxtent de grands immeubles, une agréable balade, et une belle vue sur le centre de Séoul.

Et plus loin, le sanctuaire où reposent les tablettes mortuaires des rois et reines de la dernière dynastie Joseon. Les corps sont dans des tombeaux à l’extérieur de la ville et les esprits ici, et c’est ici qu’on vient leur rendre hommage et leur porter des offrandes deux fois par an.

C’est ici que la guide lèvera les mystères des idéogrammes chinois présents partout : non, ce n’est pas du chinois, mais du Coréen écrit en chinois (même si les Chinois peuvent le comprendre… en chinois!). Le Coréen serait en fait une langue isolat, sans lien avec aucune autre. Son alphabet a été inventé au XVème siècle, mais repris dans les textes officiels et dans les examens impériaux qu’en 1894. Jusqu’à récemment, seuls les historiens et autres universitaires apprenaient le chinois écrit, la plupart des Coréens apprenaient l’anglais et le japonais. Maintenant, comme partout, ce dernier cède la place au chinois (oral et écrit), pour des raisons économiques. Les idéogrammes qui parsèment les rues ne sont pas signe d’une bilingualité des Coréens, mais juste là pour faire beau.

A Séoul, on passe des palais aux grands buildings en quelques pas, pour aller ensuite, à travers un quartier traditionnel préservé, se reposer près de l’eau, dans un parc, dans un square. Malgré sa taille, Séoul est une ville très agréable à vivre. Surtout grâce à ses zones de repos aménagées partout : des petits espaces surélevés dans les parcs, des salons de lecture dans les centre commerciaux, des salles de travail/rencontres dans le métro. C’est une autre différence frappante d’avec  le japon : les Séoulites vivent dehors, les uns avec les autres. Et les Coréens lisent beaucoup! Partout des livres, dans les gares, les musées et des librairies qui ressemblent à nos bibliothèques!

Enfin, en ce moment c’est agréable, mais Séoul est une ville normalement très polluée : elle est victime de la pollution venant de Chine, mais aussi de ses propres centrales au charbon, qu’elle ne cesse de construire… A tel point qu’à Séoul, dans certaines écoles, les enfants ne peuvent pas sortir jouer dehors et ont désormais des salles de sport virtuelles : ils envoient leur ballon non pas dans un but, mais sur un écran qui simulera la trajectoire du ballon.

 

 

 

 

 

 

 

Corée du Sud #9 : Seoraksan

Famille, Voyages

Du randonneur aguerri et suréquipé aux touristes descendus du car pour prendre une photo de groupe, chacun trouve son bonheur une fois franchie l’entrée du Parc national de Seoraksan. Des restaurants, il y en a pour tous les goûts et les marchands de souvenirs côtoient les vendeurs de fruits et de nourriture à déposer aux pieds de la statue de Bouddha géante qui se trouve un peu plus loin. Pour les plus vaillants, une balance permet de peser son sac avant de partir pour les sommets avec une petite légende à côté : au-dessus de trente kilos, c’est rouge !

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Passé le large pont de pierre, on entre dans le domaine des marcheurs. Plus de restaurant, de buvette ou de magasin mais le chemin est bétonné et tout est indiqué en coréen et en anglais avec les distances et les temps de marche pour atteindre les différents sites du parc. Au bout d’un ou deux kilomètres, le béton laisse la place à des chemins de terre et de pierre, puis dès qu’il s’agit de prendre un peu de hauteur une succession d’escaliers, de passerelles et de ponts permettent de passer les passages les plus difficiles pour finalement se hisser jusqu’au sommet des rochers. La sécurité passe avant tout et on imagine difficilement tous les efforts nécessaires pour construire et entretenir tous ces équipements dans des endroits complètement inaccessibles à des véhicules ou à des machines. A certains points de passage vers les sommets, un garde forestier est présent dans une petite cabane. A proximité, des caméras de vidéosurveillance, des haut-parleurs, des antennes de téléphonie mobile, des écrans d’affichage. On se croirait presque dans une station de métro !

Les paysages sont à la hauteur de ce que nous avaient vendu les guides de voyage : d’énormes blocs de granit surplombent les rivières et ruisseaux qui coulent au fond des gorges. Ils sont recouverts de pins rouges de Corée qui poussent tout en haut et dans tous les interstices que les rochers ont pu laisser entre eux. On a du mal à imaginer que des arbres de plusieurs mètres de hauteur puissent pousser au milieu de rochers avec si peu de terre. Dans la vallée, ce sont plutôt les chênes et les érables japonais qui poussent, si bien qu’en prenant un peu de hauteur, les nuances de vert des différentes essences rendent les montagnes encore plus belles, surtout quand les rafales de vent viennent retourner par vagues le feuillage de certains arbres. Un garde forestier avec qui nous avons eu le temps de discuter un peu nous a dit que la plus meilleure saison pour visiter le parc est l’automne car on y voit les plus belles couleurs, du rouge au vert en passant par l’orange, le jaune et l’or. Nous nous contenterons de l’été cette fois-ci !

Le premier jour, nous montons jusqu’au refuge de Yangbok. Le chemin longe le cours d’eau, l’enjambant dans un sens, puis dans l’autre sens. A certains endroits, des pancartes avec gyrophares avertissent du danger de chute de rocher. On peut voir effectivement dans le cours d’eau quelques gros blocs de granits au milieu de l’eau. Certains font plusieurs mètres de haut ! Des filets sont disposés pour empêcher la chute des pierres. Sur les fissures des gros rochers à proximité du chemin, on peut voir des petits vérins qui mesurent la largeur de la fissure et permettent de remonter une alarme en cas de risque d’effondrement. Le refuge est niché au creux d’une vallée. Il n’est pas très grand et une petite terrasse avec des tables permet d’admirer la vue sur la cascade juste en face Quelques randonneurs se reposent avant d’entamer la descente. Les toilettes sont un peu en dessous. Pour remplir nos gourdes, le gardien nous indique la cascade, il n’y a ni tuyau ni robinet qui apporte de l’eau ! Nous redescendons sous le soleil plus clément de la fin d’après-midi. Il n’y a plus grand monde sur le chemin qui est fermé dans le sens de la montée dès 14 heures.

Le lendemain est un jour de pluie, nous descendons à Sokcho, la ville côtière, tuer le temps, entre un restaurant et un musée de la céramique à la gloire du potier local… qui se promène dans les couloirs vides de son musée. Nous sommes quasiment les seuls visiteurs une fois de plus ! Nous profitons de notre sortie pour nous ravitailler car il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans les petites épiceries de Seorak-Dong.

La pluie reprend de plus belle le soir et toute la nuit. Au petit matin, on aperçoit des marres d’eau dans la rue de nos fenêtres. Nous restons cloîtrés dans notre chambre à attendre. Les propriétaires nous apportent à manger comme s’ils étaient désolés pour nous de cette triste journée. Cinq épis de maïs cuits, des fruits et des morceaux d’une sorte de pâte fraîche légèrement sucrée dans de la farine. Les enfants en raffolent. En fin de journée, à la faveur de quelques éclaircies, nous retournons au Parc. La personne au guichet nous annonce que tous les chemins sont fermés à cause des fortes pluies mais qu’il est quand même possible prendre un  billet pour entrer. Nous en profitons pour prendre le téléphérique qui est ouvert et pour monter au sommet admirer les rochers aux cîmes embrumées dans des morceaux de nuages qui passent et disparaissent un peu plus loin. Il se remet à pleuvoir.

Enfin du soleil le jour suivant ! Nous nous dépêchons de nous chausser pour attaquer le rocher d’Ulsanbawi qui culmine à plus de 700 mètres. La montée est rude et mêmes si les escaliers facilitent la tâche, il faut quand même monter près de huit cent marches pour arriver au sommet. Les enfants peinent et nous aussi mais encouragés par les randonneurs coréens qui sont impressionnés par notre petite dernière et qui lui donnent une boîte de biscuits ou quelques barres de chocolat en passant, nous finissons par arriver au sommet. La récompense est là avec une vue imprenable sur Sockcho, la mer et les sommets toujours couverts de pins de l’autre côté. Il faut se faufiler entre les groupes, les photographes et les barrières pour trouver un coin sans trop déranger. Les Coréens sont de grands adeptes des photos d’eux-mêmes, seuls, à deux ou en groupe devant les lieux qu’ils visitent et ils sont très bien équipés en télécommandes, petits trépieds et autres perches à selfie. En contrebas de l’autre versant, on aperçoit une large autoroute qui mène à Seoul en moins de deux heures et un grand complexe hôtelier qui de loin paraît moderne et très bien équipé juste à côté. Peut-être une explication à la désertion de Seorak- Dong ? Nous redescendons et faisons une petite halte pour manger. Autour de nous, les randonneurs s’arrêtent aussi pour faire une pause ou pour manger. Des couples, quelques familles, des groupes d’amis. A chaque fois, les rituelles photos sous les rires et les exclamations. Les gens ont l’air heureux et ils l’expriment, avec un sourire, un éclat de voix, une pause contemplative devant la montagne.

Pour profiter de la belle journée, nous enchaînons avec les cascades de Biryong, de l’autre côté du parc. A nouveau des ponts, des passerelles et des marches d’escalier qui n’en finissent plus mais à la fin, le spectacle est toujours au rendez-vous avec des points de vue à couper le souffle et des perspectives dignes de voies d’alpinisme. C’est sûr que la main de l’homme est visible partout et qu’il faut souvent se tordre pour prendre une photo sans un coin de balustrade, un bout d’escalier ou une pancarte mal placée mais sans ça qui pourrait arriver à ces endroits impossibles en toute sécurité ? N’est-ce pas le prix à payer pour que le plus grand nombre puisse profiter de ce joyau national qui fait la fierté de tout le pays et qui attire tant de monde à toutes les saisons ? La montagne pour tous se fait au détriment des paysages sauvages et d’une certaine liberté…

Le lendemain, dernier jour, au grand soulagement de notre dernière qui nous rappelle : « je fais ça juste pour vous faire plaisir, j’en ai marre des pourries montagnes ». Dernière randonnée :  le but est une grotte à flanc de falaise, qui sert en fait de temple bouddhique. On se demande comment les moines y parvenaient avant les escaliers. D’en haut,  la vue sur la vallée est superbe. Et toujours l’inévitable écureuil fouineur qui vient ramasser les éventuelles miettes de notre goûter.

Après ces quelques jours de montagne, direction la capitale !

Corée du Sud #8 : Seorak-Dong

Famille, Voyages

« L’un des plus beaux parcs naturels de Corée », c’est ainsi qu’est présenté le Parc naturel national de Seoraksan où nous arrivons par un bel après-midi après quelques heures de train et de bus. Seorak-Dong est le petit village en contrebas de l’entrée du parc où se trouvent tous les hôtels, pensions, auberges pour les randonneurs et autres amateurs de montagne. Du moins, c’est ce que nous croyions du moins en regardant les plans des sites de réservation indiquant plein de petits lits les uns à côté des autres. Et c’est ce que vante également la brochure de l’Office de tourisme local : Seorak-Dong : « The BnB town ».

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Le bus nous dépose au bord d’une large route, le long d’un cours d’eau. Il y a très peu de voitures qui passent et personne dans les rues. Nous passons près d’un bâtiment délabré devant lequel poussent des herbes folles et arrivons à l’hôtel qui est juste à côté. Un homme dort sur un canapé, juste devant le comptoir de la réception. Il n’y a pas un bruit. Nous n’osons pas le réveiller, sortons, puis rentrons à nouveau. Il se réveille brusquement, un peu gêné. Il nous attendait et nous montre tout de suite notre chambre. Nous nous installons. Sa femme vient, elle nous propose une autre chambre à l’étage, pourquoi pas ? Toutes les portes sont ouvertes dans le couloir et il n’y a pas l’ombre d’un client, nous pourrions nous installer dans n’importe quelle chambre ! « Vous restez bien six nuits ici ? » demande le patron avec ses mains ? Six ? A la fois surpris mais ne pouvant s’empêcher d’esquisser un sourire de satisfaction, il nous indique la somme à payer. Oui, six nuits et six jours pendant lesquels nous serons les uniques pensionnaires.

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Que s’est-il passé à Seorak-Dong ? Un soir, nous partons faire le tour des « BnB » du quartier pour essayer de comprendre. Tout autour, c’est le même spectacle. Au mieux, il y a une ou deux voitures garées sur le parking des établissements qui sont encore ouverts malgré quelques signes de décrépitude. Les autres sont abandonnés depuis plus ou moins longtemps. En témoignent les toitures éventrées, les enseignes à moitié arrachées, les façades défigurées et la végétation qui a repris ses droits là où elle le pouvait. Un homme étend son linge sur des barres métalliques qui délimitent ce qui devait être jadis son motel. Un peu plus haut, quelques femmes sont étendues sur des bancs et discutent gaiement. Des randonneuses, sûrement.

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L’office du tourisme se trouve là. Il y a de la lumière à l’intérieur. Nous entrons. C’est un office du tourisme comme tous les autres, avec ses brochures et ses prospectus colorés, les belles photos au mur, l’ordinateur et l’écran de télévision. Tout est propre, fonctionnel et bien entretenu mais pendant les dix minutes que nous passons à feuilleter les livres de photos, nous ne verrons personne apparaître derrière le bureau. Personne à qui demander ce qui était arrivé à ce village de vacances. Partout, le même slogan : « Seorak-Dong : The BnB town » comme pour ne pas admettre la triste réalité.

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En poursuivant sur la route où le bus nous avait déposés, on passe un pont. De l’autre côté, le même spectacle de désolation. Deux ou trois restaurants et une boutique de souvenirs survivent le long de la route principale, en face du Centre d’information du Parc naturel. La route s’enfonce ensuite dans la vallée, le long du cours d’eau jusqu’à l’entrée du parc. L’hôtel Kensington Stars affiche fièrement ses cinq étoiles. Le parking autour est assez rempli, mais de grandes affiches font la réclame pour les repas du soir bradés et les happy hours.

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Le dimanche, au parking de l’entrée du parc, il n’y a pas une place de libre et un bouchon se forme à l’entrée tellement les grosses cylindrées rutilantes et les cars de tourisme sont nombreux à affluer. Le parc de Seoraksan est un haut lieu du patrimoine coréen et les visiteurs s’y pressent de tout le pays pour une visite éclair et un tour en téléphérique ou une randonnée de plusieurs jours en dormant dans un des refuges aux pieds des sommets.

 

Corée du Sud #7 : Andong, capitale du « Korean Spirit »

Famille, Voyages

Loin de la frénésie et de l’activité de Busan, Andong est une petite ville pour la Corée mais elle compte plus de 150 000 habitants tout de même. Pas de grande tour donc, ni de métro mais un petit centre ville plein de vie et surtout la nature toute proche ainsi que de nombreux sites historiques à visiter aux alentours ce qui en fait une escale idéale pour beaucoup de touristes. La ville l’a bien compris et forte de son slogan « the Capital of the Korean Spirit » (la capitale de l’esprit coréen), elle s’est lancée dans une promotion touristique intensive autour du Confucianisme et des masques traditionnels des villages qui l’entourent.

 

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Ici plus qu’ailleurs, le touriste n’est pas forcément étranger et on a pu remarquer à quel point les Coréens aimaient bien visiter leur pays. Le centre ville regorge d’hôtels, motels et restaurants et de scènes sur lesquelles se succèdent chanteurs de pop, danses traditionnelles et spectacles humoristiques. Partout la sonorisation surpuissante attaque les tympans comme s’il fallait absolument en mettre plein les oreilles en plus d’en mettre plein la vue. Le long du fleuve Nakong a lieu tous les soirs un jeu de fontaines musicales. Tous les grands airs occidentaux des dernières décennies y passent, de la Reine des neiges à « Stand by me » en passant par la bande originale de Titanic et bien d’autres. Les LEDs illuminent les jets d’eau par le bas, l’eau pulvérisée au ras du sol forme un large nuage qui devient multicolore par le jeu des lumières. Puis c’est au tour des gerbes mobiles qui dansent au rythme de la musique. Brusquement, un puissant jet s’élance du centre et retombe en averse au gré du vent sur les malheureux enfants qui se sont aventurés un peu trop près et qui se retrouvent trempés de la tête aux pieds en une fraction de seconde. L’un des nôtres a testé. Quand on voyage, on vit les expériences jusqu’au bout ! Sinon on reste chez soi…

L’office du tourisme est d’ailleurs là pour aider le visiteur à aller jusqu’au bout de l’expérience « Andong ». Juste en sortant de la gare, ouvert tous les jours, deux jeunes femmes à la même tenue, jupe sombre et chemise à fleur, y accueillent le nouvel arrivant avec un grand sourire dans un beau bâtiment neuf et spacieux. Elles parlent très bien anglais et en quelques minutes, nous avons notre programme en fonction du temps que nous passons à Andong. Nous restons une semaine. La stupeur de notre interlocutrice passée, nous comprenons que nous verrons tout et que nous pourrons prendre notre temps. Tant mieux. Nous recevons une feuille A4 avec toutes les attractions, les numéros des bus qui y conduisent, leurs points de départ ainsi que les horaires d’aller et de retour. Pour manger ? La spécialité locale à base de poulet à la vapeur, de nouilles et de ratatouille à la coréenne, servie dans un grand plat dans lequel toute la tablée vient se servir. Tous les restaurants qui la préparent sont dans la même rue et le plat est cuisiné devant le restaurant dans une grande poêle. L’hôtesse de l’office du tourisme entoure la rue sur le plan et s’empresse d’écrire « pas épicé » en coréen sur un post-it. Petit bout de papier jaune que nous gardons précieusement même si son utilité se révèlera discutable, qu’il soit lu ou non…

Les activités de plein air ne sont pas en reste. Les Coréens aimant beaucoup marcher, plusieurs parcours ont été aménagés dans la région. Plus que des sentiers balisés, il s’agit souvent d’une succession de passerelles, d’escaliers et de ponts qui permettent en toute saison de se promener au grand air. Nous suivons ainsi le fleuve Nakdong sur trois kilomètres depuis Andong. Caméras vidéo, hauts parleurs diffusant une musique discrète, éclairage le soir, tout est fait pour que le promeneur se sente en sécurité. Des petits auvents surélevés ponctuent le chemin. Après avoir enlevé ses chaussures et gravi les quelques marches, on peut s’y asseoir, s’étendre, lire ou méditer en regardant couler le fleuve. Il n’y a pas grand monde en cet après-midi d’été malgré la température beaucoup plus clémente que la veille. Le parcours aboutit à plusieurs maisons traditionnelles reconstituées après la construction du barrage un peu plus en amont qui a englouti plusieurs petits villages lors de sa construction. Dans la cour d’une des maisons, une vielle dame nous offre du thé et insiste pour nous prendre en photo.

Pour compléter l’offre touristique avec des choses un peu plus « modernes », un complexe touristique a été construit à quelques kilomètres de la ville. Hôtels, golf, parc à thème sur le Confucianisme. Tout a été vu en grand. De larges avenues bordées de promenades aménagées traversent le site et d’immenses parkings attendent les visiteurs… qui ne viennent pas. Nous sommes les seuls du bus à descendre à cet endroit après tout un débat entre le groupe de grand-mères présentes et le conducteur pour essayer de deviner ce que nous voulions voir et quel était le meilleur endroit pour nous déposer. Las, le conducteur nous a arrêté au beau milieu de l’avenue à six voies et nous sommes descendus, non sans avoir remercié mille fois les spectateurs de cette scène farfelue dont nous étions les héros.

Confucian Land, c’est ce que nous voulions voir et que nous avons vu. Après avoir longuement cherché l’entrée du bâtiment, nous avons fini par entrer dans un grand hall. Vide bien sûr. Nous prenons nos billets et nous nous lançons dans la visite de ce centre dédié à l’explication du Confucianisme aux enfants. Sur trois étages, les salles se succèdent alternant entre la vie des élèves confucéens dans un petit village de la région au 16e siècle et la vie quotidienne d’un petit coréen contemporain avec en toile de fond l’application des grand principes du confucianisme de nos jours. Bienveillance, respect des ancêtres, justice, tout est illustré avec des animations, des vidéos, des jeux et pour finir, un film en relief immersif (360°) où nous nous retrouvons seuls. Ici, comme dans le reste du centre, le personnel est plus nombreux que les visiteurs et nous aurions pu vraiment prendre le temps d’explorer le Confucianisme dans toutes ses subtilités si les textes avaient été plus souvent traduits en anglais.

Andong ne lésine pas sur les moyens pour développer et promouvoir le tourisme. Les visiteurs coréens viennent surtout voir Hahoe Village et les temples de la région et y passer quelques jours. Les visiteurs étrangers restent une nuit ou deux, courte escale entre Séoul et Busan le plus souvent. Peut-être que dans quelques années Andong aura réussi à se faire un nom et deviendra une destination à part entière.

Corée du Sud #6 : La fabrique de papier traditionnel de Hanji

Famille, Voyages

Toujours au départ de Andong, nous avons visité une fabrique de papier traditionnel : ici ils font tout avec du papier, les portes, les fenêtres, les éventails, les poupées… On approche doucement d’un ensemble de bâtiments industriels roses, on demande notre chemin, et on nous adresse à un homme très grand, très gentil, et qui, oh miracle, parle anglais!

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Le site internet de la fabrique : http://www.andonghanji.com/board/index.php

Il nous fera visiter toute l’entreprise, nous expliquant les détails de fabrication dans les détails, les nuances entre les différents papiers, les visites prestigieuses des experts de l’étranger… Et son enthousiasme est communicatif! Il commence par nous emmener dans un coin du parking, vers un petit arbre qui ne paye pas de mine, de l’espèce du mûrier. Le papier est tiré de son écorce, qui est livrée en ballot, et triée selon sa blancheur.

Elle est ensuite bouillie à l’étuve, puis blanchie, soit sous l’action du soleil, soit avec de l’oxygène actif.

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Ensuite, si elle est de qualité supérieure, on trie, à la main, les impuretés.

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Puis on broie les fibres : elles sont en effet très solides et très longues dans un sens.

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La bouille de fibres est ensuite mélangée avec de l’eau et une sorte de colle à base de racines d’hibiscus. Par un jeu habile de tamis, les feuilles sont fabriquées et déposées les unes sur les autres, séparées par un simple fil sur une des longueurs. Cet homme peut préparer 500 à 600 feuilles par jour!

Elles sont ensuite pressées très fortement jusqu’à un tiers de leur épaisseur initiale. A l’étape suivante, les feuilles sont détachées une à une et soit séchées au soleil, soit sur une plaque chauffée par un circuit d’eau. Le côté en contact avec la plaque est le côté face, le côté lisse, l’autre est plus rugueux. Le cahier sera ainsi composé de feuilles repliées envers contre envers, pliure entre laquelle on peut glisser un guide pour écrire droit.

Certains sont très contents de se faire prendre en photo!

On attend le bus du retour à l’aire de jeu toute proche, en admirant le petit carnet familial que l’on vient d’acquérir!

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